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Le Grand Raid Cathare

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ven. 28 octobre 2016

Avant de démarrer mon récit, j'aimerais dissiper quelques malentendus : pour participer au Grand Raid Cathare, la saharienne n'est pas obligatoire. Et si vous avez des hallucinations pendant la course, elles ne sont pas dues aux mirages dans le désert !

En tout cas le château de la Cité de Carcassonne était bien réel et a fourni à la bonne centaine de partants un cadre somptueux pour s'élancer à l'assaut des 177 Km (7700D+) du tracé. A 17h30, le peloton s'est ébroué à la suite des portes étendards pour sortir de la ville. On sentait les coureurs concentrés, tout à leur course, essayant d'imaginer ce qui les attendait. Personne n'avait envie de parler, c'était assez impressionnant. Heureusement que le public était un peu plus bruyant ! Deux heures plus tard, je me trouvais avec une bande de 5 joyeux Picards qui ambitionnaient de finir ensemble. Ayant déjà testé ce genre de défi, et connaissant la difficulté de l'objectif, j'admirais leur enthousiasme. Au Km 18 il faisait déjà bien nuit, et Véro m'attendait comme prévu à Molières, premier ravitaillement accessible aux accompagnants. Voilà un des points intéressants si on compare cette course à d'autres qui se passent en haute montagne : quasiment tous les ravitaillements se trouvent dans de petits villages et sont accessibles par la route. Un vrai bonheur pour les accompagnants et pour ceux qui les attendent !

C'est bien connu, sur un ultra de ce format, il ne se passe rien la première nuit. On avance, on avance. Sauf que cette fois-ci il y avait un compagnon obstiné avec nous, la pluie ! A partir de la troisième heure de course et toute la nuit, elle n'a pas cessé. Plus ou moins drue, mais sans interruption. Les équipements obligatoires protègent bien le corps, mais les pieds marinent et leur peau se flétrit inexorablement. Ce qui fait le lit des ampoules ! Et il n'y a pas grand-chose à faire sauf à s'enduire de crème anti-échauffement. Mais tout a des limites…Heureusement que la température était clémente, ce qui a rendu la situation supportable.

Au km 47 se trouve le château d'Arques, première base de vie. Comme souvent, je suis perturbé par ma digestion. Heureusement qu'il y a un ostéopathe, il va pouvoir me remettre l'estomac à l'endroit. Je rentre dans la salle du château et m'allonge sur le matelas pour me faire tripoter. La voute de la salle est magnifique, faite de gros moellons imbriqués à la perfection, on se demande comment ça tient ! La dame qui me manipule m'annonce que l'estomac est tendu. Elle effectue quelques manipulations et pressions, mais le résultat n'est pas conforme à ce que j'attendais. En me levant, elle me confie qu'elle n'est pas ostéo et je repars avec un sentiment mitigé. J'espère que je vais tout de même pouvoir continuer à m'alimenter…

Je fais un bout de chemin avec un breton (ils forment près de 10% des concurrents !), et on avance, on avance. A chaque ravitaillement je me prends 15 à 20 minutes pour me poser et me restaurer. Au cœur de la nuit je rencontre celui qui deviendra mon compagnon pour les 24h qui suivent : Olivier, un bordelais vendeur de fromage et amateur de vin. Le compagnon idéal pour discuter pendant ces longues heures de course ! Au petit jour nous arrivons à Peyrepertuse, magnifique château construit sur un éperon rocheux vertigineux. Enfin une vraie montée ! Ce n'est pas pour me déplaire, on est déjà au km 77.

Au ravito du km 88 il vaut mieux encore avoir tous ses moyens, car c'est là que se trouve la portion la plus longue et la plus difficile avec la montée au Pic de Buragach. Vous savez, l'endroit où il faut se réfugier si on veut survivre à la fin du monde…

L'approche et un peu fastidieuse, l'ascension est simplement grandiose. Mais il faut s'accrocher ! La montée est très, très raide, et on est souvent obligé de mettre les mains parterre pour progresser. Puis on arrive sur une partie rocheuse avec des pas d'escalade fréquents. On croit plusieurs fois qu'on est au sommet, mais en contournant ce qu'on pense être le dernier bloc rocheux, on s'aperçoit que ça monte encore. Ça n'en finit pas ! Le tout dans une brume de plus en plus tenace, avec des rafales de vent à plus de 80 Kmh. Il vaut mieux bien tenir sur ses jambes, car ces rafales sont vraiment déstabilisantes ! C'est chaud, chaud !

Et la descente est à l'avenant, le vent en moins : des blocs rocheux glissants à souhait où ceux qui n'ont pas le pied montagnard avancent très doucement.

Une fois redescendu du Pic, c'est beaucoup plus calme. Et la route jusqu'au second passage à Arques au km 123 se passe sans encombres. Sauf que mon estomac ne me permet que peu de prises alimentaires, à ce rythme ça va être compliqué de finir la course. A peine arrivé, je me précipite vers le poste médical à la recherche d'un ostéopathe. Je vois un groupe de 3 personnes, table pliante sous le bras, manteau boutonné, prêt à partir : les ostéos…

Je leur explique la situation, et à mon grand soulagement ils acceptent de déplier leur table pour moi. On m'installe, on me triture mon estomac, ça fait "glou glou glou" dans mon ventre. Et à partir de ce moment j'ai pu manger avec appétit à chaque ravitaillement ! La remontée vers Carcassonne est un peu monotone, on a l'impression de tourner autour des villages. Heureusement, à chaque ravitaillement, les bénévoles sont aux petits soins, contents d'être là. C'est la fête, même au cœur de la nuit ! Mon collègue Olivier découvre les joies d'une seconde nuit de course. Entre deux hallucinations, il me montre un muret de pierres et soutient mordicus que nous sommes déjà passés à cet endroit ! Je lui explique que ce sentiment de "déjà vu" est une autre tromperie de notre cerveau lorsqu'il est un peu fatigué. Pour ma part, je n'ai pas d'hallucinations pendant la course, mais à l'arrivée, lorsque je me suis posé dans la salle, le carrelage du sol était couvert de graffitis et de mots à demi effacés…

A la sortie de l'avant dernier ravito, Olivier avance de plus en plus prudemment. Il est fatigué et a peur de se faire mal aux chevilles, qu'il a fragiles. Moi j'ai pu m'alimenter correctement, et j'ai une pêche d'enfer, je cours même  dans les (petites) montées ! Je le laisse finir à son rythme et j'avance au mien. Le balisage n'est plus aussi homogène qu'au début de la course, et avec la fatigue on hésite un peu. Et pour finir l'accès à la cité ressemble à un jeu de piste, c'est déconcertant et je rattrape des coureurs qui se grattent la tête…

Les derniers kilomètres s'apparentent à du tricotage, on a un l'impression de tourner en rond, la fatigue n'arrange rien. Je plains les concurrents qui n'ont plus de jambes ! Enfin on contourne la Cité, on s'engage dans la barbacane et on file vers la ligne d'arrivée en traversant le Pont Vieux.

Cette seconde édition est plutôt réussie dans l'ensemble, surtout si on inclut le banquet de clôture animé par une troupe de saltimbanques et qu'il ne faut rater sous aucun prétexte. Les organisateurs sont à l'écoute, attentifs aux remarques, et je gage qu'ils vont gommer rapidement les petites imperfections de cette magnifique épreuve. N'hésitez pas à vous laisser tenter, nous étions une bonne soixantaine à l'arrivée et je suis certain que ce chiffre va croître rapidement dans les années qui viennent. Cette course à tout d'une grande !